... ou de l'épineuse question des tarifs des conversions d'écharpes.

Depuis quelques mois, je suis obligée de me pencher sérieusement sur la rentabilité (oh le vilain mot!) de ma petite entreprise. La rentabilité (heurk!) était, jusqu'à présent une sorte de notion très floue dans mon esprit, et je ne me posais pas vraiment la question d'être rentable (décidément!) ou pas, étant donné que j'aime ce que je fais et que .... ben, vous, savez, allier son travail et sa passion, ça n'a pas de prix, ... Transformer vos merveilles, couper de belles étoffes, imaginer, créer des Ptitsys, j'adore! Ca, c'est le métier que j'ai choisi, que j'ai construit depuis 7 ans et je n'échangerai ma place pour rien au monde, alors, vraiment, qu'est ce que je suis allée m'encombrer avec cette histoire de r**tabilité!  

La notion de rentabilité est arrivée brutalement dans mon atelier, quand s'est imposée la réflexion sur le développement de Ptitsy MoLOko. Non mais développer, ça veut dire quoi? Au tout début, je pensais pouvoir rester tranquillement derrière ma machine et à coudre à mon rythme. Je pensais que ça serait suffisant pour vivre et satisfaire la demande. Et puis, il y a eu les premiers tirages au sort, les premières ventes en boutique, les premières copies, plus ou moins partielles de mon travail, les premiers mails impatients de savoir quand aurait lieu le prochain tirage, la prochaine vente.... alors peut-être était-il temps de penser sérieusement à augmenter la cadence et pourquoi pas, déléguer une partie de mon travail, voire embaucher une couturière... et pour ça, il a fallu que je me penche sur cette satanée notion de rentabilité.

 Alors, est-ce vraiment un vilain mot? Pas tant que ça, finalement, même si j'ai mis du temps à l'accepter. Surtout, si l'on considère que, pour continuer à transformer des écharpes ou à créer de jolis porte-bébés, avant même de parler de développement, je dois pouvoir, tout simplement vivre de ce que je fais. Car, c'est bien là, le point le plus délicat, il ne s'agit pas de me la couler douce, les doigts de pieds en éventail, mais juste d'être capable de me verser un salaire décent, un smic, quoi, avec, si possible des congés... enfin, si possible... A partir de là, seulement, il me serait possible d'envisager la suite.

J'ai donc sorti la calculette, et j'ai commencé compter.... mais pas ou commencer?  Alors, j'ai commencé à compter le temps de couture... ok, mais chaque projet étant différent, les temps de couture sont différents aussi.... et puis, il y a le temps de découpe... et là aussi, chaque écharpe est différente.... les écharpes plus courtes, les écharpes dont les motifs doivent concorder, les mélanges de matières sont plus difficiles à couper que d'autres.... et puis, il faut penser au temps de préparation, l'étude des plans de coupe... et là aussi, selon les projets, je fais un, deux, trois plans de coupe possibles...., les échanges de mails pour définir les besoins, la gestion du tirage au sort, le temps passé à l'expédition, la compta (ouille la compta!) .... bref, il faut penser à tout. Il faut aussi compter, les achats de matières premières, le fil, les mousses, les aiguilles (et je casse au minimum une aiguille par ouvrage), l'amortissement des machines, la consommation d'éléctricité, les frais paypal, la gestion de la boutique.... Sans oublier, les charges (oh oui, les charges!) dues à l'état. Ouaip, il faut compter tout ça! 

Si je vous livre tout, ça, ce n'est en aucun cas pour me plaindre de mon sort, mais juste pour partager avec vous la complexité que représente, pour une "petites entreprises" comme la mienne, l'idée même de se développer.

Bon, allons-y!

Une conversion d'écharpe, c'est 140 euros, hors options, hors frais de port.

Allez pour rentrer dans le vif du sujet, déjà, sur ces 140 euros, je donne minimum 34 euros à l'état. Ce sont les charges, puisque, bien entendu, je suis déclarée depuis le mois de mai 2009. Ca, c'est fait! Attention, cela ne me pose pas de problème de payer des charges, c'est tout à fait normal et je ne cherche pas à m'en dérober.

Ensuite, si je compte les matières premières (fil, mousse, bloc cordons...) , l'electricité, l'ammortissement des machine à coudre et du matériel, fer à repasser (et comme d'un fait exprès, ma centrale vapeur vient tout juste de me lacher....), les consommables comme les aiguilles, les etiquettes,les emballages, les frais de labo .... bref, tout un tas de petites choses à renouveller de temps en temps, on peut encore prévoir au moins 29 euros.

Il me reste donc 77 euros! Cool!

Bon, maintenant, reste à quantifier le temps de travail. Et là, c'est une autre paire de manche!

Pour commencer, il me faut  entre 1 et 2 heures pour couper une écharpe. Cela dépend du motif, de la composition, de la longueur..... bref d'un tas de choses. Une écharpe courte et étroite sera deux fois plus longue à couper qu'une taille 7 de 70 cm de large. Une okinami ou une autre avec de grands motifs à faire concorder, me prend au minimum 2 heures, et pour peu qu'il y ait un peu de lin, de chanvre, de soie ou de laine dans la compo, je dois redoubler d'attention, et fixer le tissu avant découpe, pour éviter qu'il  ne bouge et dévie sous mes ciseaux. 

Ensuite, je compte environ 6 heures pour coudre une conversion ..... oui, ça c'est une moyenne, et cela dépend aussi de l'écharpe, de sa compo et des options, ou d'une éventuelle personnalisation, mais globallement, entre 6 et 10 heures de travail de couture pur ( surjet de l'ensemble des pièces, et assemblage  de A à Z, jusqu'au dernier coup de ciseau pour couper les petits fils). Un mei tai, ce n'est pas moins de 14 pièce à coudre, repasser, retourner, assembler, repasser encore et encore, rembourrer, et surpiquer. Certaines étapes se font assez vite, mais d'autres prennent beaucoup de temps, demandent une attention particulière, un travail préalable à la main, pour batir les coutures et bien entendu, selon les écharpes, le travail est plus ou moins "facile".

N'oublions pas non plus,tout le travail autour.... l'organisation des tirages, au sort,  les échanges de mails par exemple..... Entre 25 et 60 mails échangés pour chaque projet, tout de même.... du premier mail de confirmation de créneau, au dernier mail d'expédition, en passant par les explications, les mails détaillants les plans de coupe, le mail récapitulatif de la commande... Bon, c'est vrai que certains ne me prennent que quelques minutes, mais étudier un plan de coupe et expliquer les possibilités qu'offrent l'écharpe pour une transformation prend au minimum 3/4 d'heures, à chaque fois. En chronométrant le temps passé à lire et envoyer des mails pour chaque projet, je me suis rendu compte que cela me prend entre 2 heures et 4 heures (oui 4 heures quand je dois revoir plusieurs fois un plan de coupe...). Oui, je sais, ça parait dingue de penser que j'ai pu chronométré le temps passé à lire et répondre aux mails, mais, c'était la seule façon d'en avoir le coeur net.

Reste encore le temps passé à photographier, emballer, expédier les ptitsys... encore 3/4 d'heures.

Voilà!

J'ai vraiment hésité à faire le calcul, mais après tout, autant regarder les choses en face si je dois envisager de développer ma petite entreprise non?

Donc, clairement, il y a au minimum 10 heures et au maximum 13 heures de travail pour une simple conversion. Une simple conversion, hein, pas de personnalisation, rien, juste une transformation de merveille...

Bon, ça fait, au mieux, du 7,70 euros de l'heure et au pire du... 5,92 euros de l'heure.... sans congés payés, sans heures sup, sans heures du soir ou de week-end (et la retraite? heu...) voilà.

Envolée mon idée d'embauche!

Et là, vous vous dites sûrement que, si je vous raconte tout ça, c'est pour pouvoir augmenter joyeusement mon tarif la prochaine fois, non? Très sincèrement, je ne sais pas, et je suis en plein doute. Je pensais avoir trouvé le "juste" prix pour les conversions, mais je me rends compte que j'ai encore du chemin à parcourir avant de pouvoir être rentable, et faire grandir Ptitsy Moloko. Tout cela n'est pas si simple. J'aimerai vraiment pouvoir rester accessible et abordable, mais j'aimerai aussi pouvoir tout simplement vivre de ce travail.  En gros, j'aimerai que ce soit équitable. Une réflexion s'impose donc et j'espère, dans les mois à venir, trouver le bon équilibre, qui permettra à ma petite entreprise de déployer ses ailes.

A suivre...

 

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